Des scientifiques de notre organisation partenaire YEL ont publié en juin 2026 leur étude sur la taille et la densité de la population d’orangs-outans vivant à Sumatra. Cette étude a été réalisée dans le cadre de notre programme de protection des orangs-outans de Sumatra (SOCP) en Indonésie. Elle montre que les deux espèces connues à Sumatra ont vu leur population diminuer depuis le dernier recensement de 2011. De 2021 à 2023, les scientifiques ont saisi des données sur tous les territoires des provinces d’Aceh et de Sumatra du Nord où on trouve les deux espèces. Ces données ont été comparées à celles du recensement de 2011. L’orang-outan de Sumatra (Pongo abelii) ainsi que l’orang-outan de Tapanuli (Pongo tapanuliensis) étaient, selon les chiffres connus jusqu’à présent, déjà gravement menacés d’extinction.
La situation s’est encore aggravée. Selon cette étude, la population d’orangs-outans de Sumatra ne compte plus que 11 694 individus. Cela correspond à une baisse de 19,5 % en onze ans, soit une diminution d’environ 1,8 % par an. En ce qui concerne l’orang-outan de Tapanuli, cette étude représente le premier recensement systématique de la population ; avec 716 individus, l’espèce ne dispose d’aucune marge de manœuvre démographique face à une mortalité croissante.

La déforestation en serait la cause principale
Une structure forestière favorable et peu d’habitants, selon l’étude, favorisent la présence des orangs-outans. La régression des populations sur toute l’aire de répartition est due, à 76%, à la déforestation. Entre 2011 et 2023, 94 399 ha de forêt ont disparu sur la zone de répartition, donc environ la superficie du canton de la Thurgovie, soit 4,6 % de la forêt initiale. Les taux annuels de perte avaient diminué entre 2011 et 2016 mais, depuis 2023, ils augmentent de nouveau. Avec, en 2011, un taux de déboisement de 50,9 % de la superficie forestière, c’est dans la forêt marécageuse de Tripa qu’on constate la perte de forêt la plus importante et ceci à cause de la transformation de cette zone en plantations de palmiers à huile.
Commerce d’animaux sauvages, abattages et autres causes
Dans certains habitats, notamment à Batu Ardan et à Siranggas, le nombre d’orangs-outans a diminué bien plus fortement que ne le laisserait supposer la perte d’habitat. La baisse de la population animale dans ces régions serait également due à des causes de mortalité non liées à la perte d’habitat : les abattages, le commerce illégal d’animaux sauvages et les conflits entre l’homme et l’animal sur les terres agricoles. Le long intervalle entre deux périodes de reproduction possible, ainsi que la durée importante de leur développement avant d’atteindre la maturité sexuelle, signifient que même une faible mortalité supplémentaire peut conduire les populations vers l’extinction. Les experts estiment que le taux annuel de mortalité dû aux abattages dépasse déjà largement, pour ces deux espèces, les seuils démographiques de viabilité. Si on y ajoute la perte d’habitat, cela souligne plus que jamais l’urgence d’une action décisive de la part de toutes les parties concernées.

Les orangs-outans de Tapanuli, une espèce rare
Avec une population de 716 individus, les orangs-outans de Tapanuli sont extrêmement vulnérables aux évènements (naturels) imprévisibles, à la dérive génétique et à la fragmentation croissante de leur habitat. Un projet hydroélectrique causant une fragmentation de leur aire de répartition, une mine d’or ainsi que la conversion de zones forestières en terres agricoles font partie des menaces pesant actuellement sur les orangs-outans de Tapanulli. Une nouvelle diminution de la population augmenterait considérablement le risque d’extinction. Les mesures de conservation devraient donc viser à réduire à zéro les causes supplémentaires de mortalité.
En Indonésie, les orangs-outans sont protégés
Les forêts dans lesquelles ils vivent, bénéficient toutefois de différents statuts de protection. Dans les zones les plus strictement protégées par la législation indonésienne, les Kawasan Konservasi, vivent 38,5 % des orangs-outans de Sumatra et 9,5 % des orangs-outans de Tapanuli ; dans les forêts protégées, les Hutan Lindung, on compte 43,4 % des orangs-outans de Sumatra et 78,6 % de Tapanuli. Les autres individus vivent dans des forêts exploitées ou dans d’autres zones de production, où la protection de leur habitat n’est pas optimale. Attribuer le statut « zone protégée » ne suffit pas : pour enrayer la poursuite de la diminution de la population, il faut intensifier les efforts en matière d’application de la loi, favoriser la reconnexion entre les sous-populations fragmentées et mettre en œuvre des mesures ciblées dans les zones non protégées.

Un engagement urgent s’impose
Si nos efforts en faveur de la protection de la nature et des espèces en Indonésie, menés en collaboration avec nos organisations partenaires, ainsi que les mesures supplémentaires prises par les autorités, ont permis de ralentir de manière mesurable la décroissance des populations dans certaines régions, ils n’ont pas suffi à enrayer le déclin des populations d’orangs-outans.
Cela souligne, plus que jamais, l’urgence de notre engagement. Grâce à notre approche intégrée de la protection des forêts tropicales, à notre collaboration avec les populations locales et les autorités gouvernementales, grâce aussi aux soins prodigués aux orangs-outans libérés de leur captivité ou blessés et à leur réintroduction dans la nature, nous contribuons directement à la préservation de l’espèce. Nous mettons en place, en collaboration avec YEL et la société zoologique de Francfort, deux nouvelles populations d’orangs-outans génétiquement variées et donc viables dans des lieux adaptés situés à l’intérieur de zones forestières protégées. Cela nous permettra, au moins, de ralentir cette diminution et, nous l’espérons, de l’enrayer complètement dans le futur.
Source : Adhi N. Hadi, Julius P. Siregar, Nunu Anugrah, Wanda Kuswanda, Joy H. Boang Manalu, Nursaniah Nasution, Rahmad Fauzan, Novita K. Wardani, Subhan, Ujang W. Barata, Dede A. Rahman, M. Yakob Ishadamy, Susandro F. Sitorus, Noviar Andayani, Jatna Supriatna, Serge Wich, Hjalmar S. Kühl, Benjamin J.W. Buckley (2026). Population status of Sumatran and Tapanuli orangutans: A comprehensive assessment 2021–2023, Global Ecology and Conservation, Volume 69, 2026.